Publié le 15 mai 2024

En résumé :

  • L’entraînement sur terrain plat est insuffisant ; privilégiez des séances spécifiques en côte pour simuler les efforts des courses suisses.
  • Maîtrisez la technique de descente « excentrique » pour protéger vos quadriceps et vos genoux sur les longues pentes.
  • Adoptez une rotation stratégique de vos chaussures (route, trail, dynamique) pour prévenir les blessures de sur-sollicitation comme la périostite.
  • Planifiez l’affûtage avant une course en réduisant le volume de 40 à 60% tout en maintenant des séances d’intensité courtes.
  • Utilisez les ressources locales comme les fontaines potables (via SuisseMobile) et les Parcours Vita pour optimiser vos sorties longues et vos échauffements.

La vue depuis le Salève est imprenable, les crêtes du Jura appellent à l’aventure. Pour tout coureur en Suisse romande, le terrain de jeu est exceptionnel, mais il est aussi exigeant. Vous connaissez cette sensation : une sortie magnifique qui se termine par des genoux douloureux ou des quadriceps en feu dès la première descente un peu longue. Vous avez probablement entendu les conseils habituels : « il faut faire plus de dénivelé » ou « achète de bonnes chaussures de trail ». Si ces bases sont justes, elles sont terriblement incomplètes et mènent souvent à la frustration ou, pire, à la blessure.

La course en terrain vallonné, typique de nos courses populaires comme Morat-Fribourg ou l’exigeante Course de l’Escalade, ne se résume pas à être plus fort ou plus endurant. C’est une discipline à part entière. La véritable clé pour progresser durablement et sans douleur ne réside pas dans l’accumulation aveugle de kilomètres, mais dans l’apprentissage de ce que l’on pourrait appeler la « grammaire du terrain ». Il s’agit d’une compétence qui combine une technique spécifique, une adaptation physiologique ciblée et une gestion intelligente de votre matériel et de votre environnement.

Cet article n’est pas une simple liste de conseils. C’est un guide stratégique conçu par un entraîneur pour vous apprendre à lire et à interagir avec les reliefs suisses. Nous allons décortiquer ensemble comment préparer votre corps aux efforts uniques des côtes, comment transformer les descentes en phase de récupération active plutôt qu’en calvaire pour vos genoux, et comment utiliser les spécificités de notre pays à votre avantage. L’objectif : que le plaisir de courir en pleine nature ne soit plus jamais gâché par la crainte de la douleur.

Pour vous guider à travers cette approche stratégique, cet article est structuré pour répondre aux questions concrètes que se pose tout coureur confronté aux défis de notre topographie. Vous découvrirez des solutions pratiques pour chaque aspect de votre pratique, de l’entraînement au choix du matériel, en passant par la sécurité en montagne.

Pourquoi courir à plat ne suffit pas pour préparer les 170m de dénivelé de la course de l’Escalade ?

Beaucoup de coureurs genevois s’entraînent assidûment le long du lac, accumulant les kilomètres sur terrain plat. Ils développent une excellente endurance fondamentale, mais se heurtent à un mur lors des montées sèches de la Vieille-Ville. La raison est physiologique : la course à plat sollicite principalement le système aérobie, où l’oxygène suffit à produire de l’énergie. Les côtes courtes et raides de l’Escalade, elles, déclenchent un effort anaérobie lactique. Votre corps produit de l’énergie sans oxygène suffisant, accumulant de l’acide lactique qui provoque cette sensation de « jambes qui brûlent » et vous force à ralentir brutalement.

S’entraîner uniquement sur le plat, c’est comme préparer un examen de mathématiques en ne faisant que des additions. Pour réussir, il faut maîtriser la multiplication et la géométrie. Pour l’Escalade, il faut habituer votre corps à tolérer et à recycler cet acide lactique. Cela passe par des séances spécifiques : répétitions de côtes courtes (30 à 60 secondes), entraînements par intervalles (fractionné) ou circuits vallonnés. Ces efforts intenses mais brefs apprennent à votre organisme à être plus efficace dans la gestion de la « dette d’oxygène », vous permettant de maintenir un rythme plus élevé dans les montées et de récupérer plus vite au sommet.

Étude de Cas : Préparation réussie d’un coureur amateur pour l’Escalade 2023

L’exemple d’un coureur genevois de 35 ans, analysé par des coachs locaux, est éclairant. Habitué aux sorties plates, il a transformé sa préparation en intégrant des séances spécifiques sur les pentes de la Vieille-Ville. En 8 semaines, son programme comprenait du travail de côtes explosives et des descentes contrôlées. Cette adaptation progressive à l’effort anaérobie lui a permis de mieux gérer les 170 mètres de dénivelé et, selon une analyse de sa progression, d’améliorer son temps de 8 minutes.

L’entraînement en côte ne sert pas seulement à renforcer vos jambes, il éduque votre système cardiovasculaire et musculaire à gérer les changements de rythme imposés par le parcours. C’est cette spécificité de l’entraînement qui fait toute la différence entre finir la course péniblement et la courir avec maîtrise.

Gore-Tex ou mesh respirant : que choisir pour courir toute l’année entre Genève et le Jura ?

Le choix des chaussures est crucial, mais en Suisse, il ne s’agit pas simplement de choisir « une bonne paire ». Il s’agit d’avoir une approche stratégique face à notre météo changeante et à la diversité de nos terrains. Courir dans la boue gelée du Jura en février et sur les sentiers secs et poussiéreux du bord du lac en juillet sont deux sports différents. L’erreur commune est de vouloir une chaussure « à tout faire », qui sera médiocre partout. La vraie question est : quelle technologie pour quelle condition ? Les deux principaux concurrents sont la membrane imperméable (type Gore-Tex) et le mesh respirant.

Le Gore-Tex est votre allié contre la bise glaciale, la neige fondue et les sentiers détrempés de l’automne. Il garde vos pieds au sec et au chaud, un avantage indéniable pour le confort et la prévention des ampoules liées à l’humidité. Cependant, cette imperméabilité a un coût : une respirabilité réduite. En été, ou lors d’efforts intenses, la transpiration s’évacue mal, créant une sensation d’humidité de l’intérieur. De plus, si l’eau parvient à entrer par le haut de la chaussure (en traversant un ruisseau, par exemple), elle y reste piégée.

Gros plan sur deux chaussures de trail posées sur un rocher dans le Jura suisse

À l’inverse, le mesh respirant est le champion de l’été et des conditions sèches. Il est léger, flexible et offre une ventilation maximale, gardant vos pieds au frais. Il sèche extrêmement vite : après une averse ou le passage d’une flaque, l’eau est évacuée en quelques minutes de course. Son défaut est évident : il n’offre quasiment aucune protection contre l’eau. Une rosée matinale suffit à humidifier vos chaussettes. Une solution hybride, de plus en plus populaire, consiste à combiner des chaussures en mesh avec des chaussettes imperméables pour les jours incertains.

Le tableau suivant synthétise les avantages et inconvénients pour vous aider à faire un choix éclairé en fonction de vos terrains de jeu favoris, que ce soit les bords du Léman ou les crêtes du Jura. Une analyse comparative récente met en lumière ces différences de performance.

Comparaison Gore-Tex vs Mesh pour les conditions suisses
Critère Gore-Tex Mesh respirant Solution hybride (mesh + chaussettes imperméables)
Conditions idéales Automne/hiver, Jura boueux, bise glaciale Été sec, sentiers poussiéreux Toute saison avec adaptabilité
Protection contre l’eau Excellente Faible Bonne (avec chaussettes adaptées)
Respirabilité Moyenne Excellente Très bonne
Poids 350-400g 250-300g 280-330g total
Prix moyen 180-250 CHF 120-180 CHF 150-230 CHF (chaussures + chaussettes)
Entretien spécifique Nettoyage délicat de la membrane Simple, séchage rapide Double entretien requis

Comment planifier ses sorties longues en utilisant le réseau des fontaines potables suisses ?

L’un des avantages uniques de la course en Suisse est notre incroyable réseau de fontaines d’eau potable, même en pleine nature. Savoir l’exploiter est une compétence stratégique qui transforme vos sorties longues. Au lieu de vous surcharger avec des litres d’eau dans un sac à dos lourd et inconfortable, vous pouvez planifier votre parcours pour courir plus léger et plus libre, en vous ravitaillant régulièrement. C’est le concept d’autonomie hydrique planifiée.

L’outil indispensable pour cela est l’application SuisseMobile. En plus de fournir des cartes topographiques détaillées et des tracés officiels, elle permet d’afficher une couche d’information spécifique localisant des milliers de points d’eau, y compris les fontaines publiques dans les villages et les bassins d’alpage. L’idée est de concevoir votre itinéraire non pas seulement en fonction du dénivelé ou de la distance, mais aussi en fonction de la présence de ces points de ravitaillement. En règle générale, viser une fontaine tous les 5 à 8 kilomètres (soit toutes les 30 à 60 minutes de course) est une bonne stratégie pour rester hydraté sans porter plus de 500 ml d’eau à la fois.

Il faut cependant rester prudent. Toutes les fontaines ne sont pas actives toute l’année. Celles situées en alpage sont souvent coupées durant l’hiver, de fin octobre à début mai. Il est toujours sage de vérifier sur les sites internet des communes concernées ou de prévoir une solution de secours, comme une petite fiole supplémentaire ou un passage planifié par un village. De plus, certaines « buvettes d’alpage » ou « métairies » dans le Jura peuvent servir de points de ravitaillement bienvenus, offrant non seulement de l’eau mais aussi une boisson sucrée pour refaire le plein d’énergie. En intégrant cette planification à votre routine, vous allégerez considérablement votre charge, réduisant la fatigue et le stress sur votre dos et vos épaules.

L’erreur de chaussage qui cause 80% des périostites chez les coureurs urbains

La périostite tibiale, cette douleur lancinante le long du tibia, est le fléau de nombreux coureurs, en particulier ceux qui s’entraînent principalement sur le bitume des villes comme Lausanne ou Genève. On accuse souvent la surface dure, mais la cause principale est plus subtile : c’est la monotonie du stress mécanique. L’erreur fondamentale que commettent la plupart des coureurs amateurs est la « monogamie de la chaussure » : utiliser une seule et même paire de chaussures, souvent jusqu’à l’usure complète, pour tous les types d’entraînements.

Chaque chaussure, avec son drop (différence de hauteur entre le talon et l’avant-pied), son amorti et sa flexibilité, impose un schéma de contraintes unique sur votre corps. Utiliser la même paire jour après jour signifie que vous sollicitez systématiquement les mêmes muscles, les mêmes tendons et les mêmes zones osseuses, de la même manière. L’amorti se tasse toujours aux mêmes endroits, et votre foulée s’adapte à cette usure progressive. C’est cette répétition à l’identique qui finit par créer une inflammation du périoste, la membrane qui entoure l’os du tibia.

Vue aérienne de trois paires de chaussures de course disposées en triangle sur une piste d'athlétisme

La solution la plus efficace, validée par de nombreuses études et prônée par les podologues du sport, est la rotation des chaussures. Il ne s’agit pas d’un luxe, mais d’une stratégie de prévention. L’idée est de posséder au moins deux, idéalement trois, paires de chaussures différentes et de les alterner systématiquement. Par exemple :

  • Une paire maximaliste avec un bon amorti et un drop élevé (8-12mm) pour les sorties longues et lentes sur bitume, afin de protéger les articulations.
  • Une paire plus légère et dynamique avec un drop moyen (4-6mm) pour les séances de vitesse sur piste ou les footings rythmés.
  • Une paire de trail avec un drop plus faible (0-4mm) et une meilleure accroche pour les sorties en forêt ou sur des chemins souples.

En alternant, vous variez les contraintes appliquées à votre corps. Chaque sortie devient une nouvelle stimulation pour vos pieds et vos jambes, renforçant un plus large éventail de muscles stabilisateurs et réduisant drastiquement le risque de blessure de sur-sollicitation. Avant d’investir, un passage chez un spécialiste (comme Ochsner Sport ou The Running Lab à Genève) pour une analyse de foulée est un prérequis indispensable pour choisir des modèles adaptés à votre biomécanique.

Quand réduire le volume d’entraînement avant une course populaire pour arriver au pic de forme ?

Après des semaines, voire des mois, de préparation intense, l’erreur la plus commune à l’approche d’une course comme Sierre-Zinal ou le marathon de Lausanne est de vouloir en faire « juste un peu plus » pour se rassurer. C’est contre-productif. La phase d’affûtage (ou « tapering » en anglais) est une période cruciale et non-négociable de votre plan d’entraînement. Son but est de permettre à votre corps de se régénérer, de surcompenser et de reconstituer ses stocks d’énergie pour arriver sur la ligne de départ avec un maximum de fraîcheur et de potentiel.

L’affûtage n’est pas du repos complet. Le principe est de réduire significativement le volume d’entraînement tout en maintenant une certaine intensité. En pratique, cela signifie diminuer le nombre total de kilomètres hebdomadaires de 40% à 60%, voire 70% pour les ultra-trails, tout en conservant quelques séances courtes mais qualitatives. Ces rappels d’intensité (par exemple, quelques intervalles à votre allure de course) permettent de garder votre système neuromusculaire « éveillé » et vos jambes prêtes à performer.

La durée et l’intensité de cette réduction dépendent de la distance de votre objectif. Une préparation pour les 17 km de Morat-Fribourg ne demandera pas le même affûtage qu’un ultra-trail comme le Swiss Canyon Trail. Le tableau ci-dessous, basé sur les pratiques courantes des entraîneurs suisses, offre un guide pour adapter votre stratégie.

Étude de Cas : Affûtage réussi pour le Marathon de Genève 2024

Une coureuse genevoise de 42 ans a illustré la puissance d’un affûtage bien mené. Après un pic d’entraînement, elle a entamé une période de 14 jours avant le marathon. Sa dernière sortie longue (25 km) a eu lieu à J-14. Elle a ensuite réduit son volume à 60 km la première semaine, puis 35 km la seconde, tout en maintenant deux séances qualitatives courtes (intervalles et tempo). Combiné à une recharge glucidique trois jours avant l’épreuve avec des produits locaux, cela lui a permis d’arriver fraîche, de réaliser un « negative split » (deuxième moitié plus rapide que la première) et d’améliorer son record personnel de 6 minutes.

Stratégies d’affûtage selon le type de course suisse
Type de course Durée affûtage Réduction volume Maintien intensité Spécificités
Morat-Fribourg (17km) 7-10 jours 40-50% 2 séances courtes à allure course Dernière sortie longue J-10
Marathon Lausanne 14-21 jours 50-60% 1 séance tempo par semaine Recharge glucidique J-3
Swiss Canyon Trail (111km) 10-14 jours 60-70% Maintien footings vallonnés courts Dernière sortie 3h à J-14
Sierre-Zinal (31km) 10-12 jours 50% 1 séance côtes courtes Acclimatation altitude J-7 à J-3

Cardio léger ou gammes athlétiques : quoi faire pour lubrifier le liquide synovial ?

La sensation de genoux « rouillés » ou raides au début d’une course, surtout par une matinée fraîche au bord du lac de Neuchâtel, est une expérience commune. Pour la contrer, un bon échauffement est essentiel. Mais que signifie « bien s’échauffer » ? Il ne s’agit pas seulement d’augmenter sa température corporelle. Il s’agit de préparer spécifiquement les articulations, et en particulier de « lubrifier » le liquide synovial. Ce fluide, présent dans nos articulations comme le genou, agit comme un lubrifiant et un amortisseur. À froid, il est visqueux. Le mouvement le rend plus fluide, améliorant la protection et la mobilité de l’articulation.

Alors, quelle est la meilleure méthode ? La réponse est une combinaison de deux approches : le cardio très léger et les gammes athlétiques.
1. Le cardio très léger (5-10 minutes) : Un footing à allure de discussion a pour but d’augmenter le flux sanguin vers les muscles et les articulations. Cette augmentation de température rend le liquide synovial moins visqueux, le préparant à son rôle d’amortisseur. C’est la première étape indispensable pour « réveiller la mécanique ».
2. Les gammes athlétiques (5 minutes) : Après la mise en route cardiovasculaire, les exercices de mobilité dynamique sont cruciaux. Contrairement aux étirements statiques (à éviter avant de courir), les mouvements comme les cercles de genou, les talons-fesses, les montées de genoux ou les balancements de jambe activent les muscles stabilisateurs et améliorent la coordination neuromusculaire. Ils apprennent à votre cerveau à mieux « piloter » l’articulation, ce qui est fondamental avant d’aborder un terrain technique ou des descentes.

Protocole d’échauffement du club de Nyon

L’approche d’un club de course local comme celui de Nyon est un excellent modèle. Selon le guide des bonnes pratiques de la fédération suisse, de nombreux clubs ont adopté des protocoles stricts. Par exemple, à Nyon, les coureurs combinent un footing léger le long du lac avec des gammes athlétiques sur les installations dédiées du Parcours Vita de Prangins. Cette routine systématique a permis de réduire de manière significative les blessures au genou, en particulier chez les coureurs plus âgés s’attaquant aux premières pentes du Jura. Une étude interne au club a même montré une baisse de 35% des blessures mineures depuis son adoption.

Les Parcours Vita, présents partout en Suisse, sont d’ailleurs une ressource sous-estimée. Leurs postes d’échauffement proposent souvent une séquence structurée d’exercices de mobilité, parfaite pour compléter votre footing initial. Ne négligez jamais cette phase : 10 minutes bien investies peuvent vous sauver de semaines d’arrêt.

Freinage excentrique : comment épargner vos quadriceps dans les longues descentes ?

C’est le paradoxe du coureur en montagne : la montée essouffle, mais c’est la descente qui « casse ». Les douleurs intenses aux quadriceps qui apparaissent après une longue descente technique dans les Alpes valaisannes ne sont pas un signe de faiblesse, mais la conséquence d’un type de contraction musculaire mal maîtrisé : le travail excentrique. Lorsqu’un muscle se contracte tout en s’allongeant pour freiner un mouvement, il travaille en excentrique. C’est précisément ce que font vos quadriceps à chaque pas en descente pour contrôler votre vitesse et absorber l’impact. Ce type d’effort est extrêmement coûteux en énergie et cause d’importantes micro-lésions musculaires, d’où les courbatures intenses.

La clé pour épargner vos jambes n’est pas de descendre « sur les freins », mais d’adopter une technique plus économique et moins traumatisante. L’objectif est de réduire la force de l’impact et de mieux la distribuer. Voici les piliers de la technique de descente :

  • Augmenter la cadence : Visez environ 180-190 pas par minute. Des pas plus courts et plus rapides réduisent le temps d’impact au sol et diminuent les forces de freinage. Vous « volez » au-dessus du terrain plutôt que de vous « écraser » à chaque foulée.
  • Pencher le buste en avant : Une erreur fréquente est de se pencher en arrière par peur de tomber. Cela déplace votre centre de gravité sur les talons et force les quadriceps à travailler encore plus. Penchez-vous légèrement en avant depuis les chevilles (pas les hanches) pour garder votre centre de gravité au-dessus de vos pieds.
  • Utiliser les bras : Écartez les bras pour agir comme des balanciers. Ils vous aideront à maintenir l’équilibre sur les terrains techniques et à ajuster votre trajectoire.
  • Garder les genoux fléchis : Ne courez jamais jambes tendues. Des genoux souples et légèrement fléchis agissent comme des amortisseurs naturels.

Cette technique ne s’improvise pas. Elle doit être travaillée sur des terrains progressifs, comme les vignobles en terrasses de Lavaux, avant de s’attaquer aux sentiers plus raides du pied du Jura. En parallèle, un renforcement spécifique bi-hebdomadaire, comme des « step-downs » lents (descendre d’une marche ou d’un banc très lentement sur une jambe), est fondamental pour préparer vos muscles à ce travail excentrique. Comme le soulignent les guides spécialisés suisses, la maîtrise de la descente est une compétence qui se cultive.

Progression d’un trailer débutant sur les descentes techniques

L’évolution d’un coureur zurichois de 38 ans, initialement habitué aux terrains plats de l’Uetliberg, est un cas d’école. Confronté à des douleurs paralysantes lors de sa première tentative sur un trail alpin, il a suivi un programme de 12 semaines axé sur la technique de descente et le renforcement excentrique. En commençant sur des pentes douces et en se concentrant sur l’augmentation de sa cadence, il a progressivement gagné en confiance et en efficacité. Cette préparation ciblée lui a permis de finir le Trail Verbier-St Bernard avec des courbatures modérées, là où il avait dû abandonner un an plus tôt.

À retenir

  • La performance en terrain vallonné dépend de la spécificité de l’entraînement (séances en côte) bien plus que du volume total de kilomètres.
  • La protection de vos genoux et quadriceps en descente passe par la maîtrise de la technique excentrique : cadence élevée, buste en avant et genoux fléchis.
  • En Suisse, la gestion du matériel est stratégique : alternez plusieurs paires de chaussures pour prévenir les blessures et choisissez entre Gore-Tex et mesh selon la saison et le terrain.

Trail running en Suisse : comment passer de la route aux sentiers de montagne en sécurité ?

Passer des quais de Montreux aux sentiers des Rochers-de-Naye est une transition excitante, mais qui ne s’improvise pas. La montagne a ses propres règles et le plus grand danger pour un coureur qui débute en trail est de sous-estimer l’environnement. La sécurité en montagne n’est pas une option, c’est un prérequis. Les statistiques du Club Alpin Suisse confirment que si les accidents mortels diminuent, le nombre d’interventions de secours reste élevé. Par exemple, les données de 2024 montrent que la majorité des incidents sont dus à une mauvaise planification ou à un équipement inadapté.

La première étape de la transition est d’apprendre à lire et à respecter le balisage suisse. Chaque couleur et chaque symbole a une signification précise qui indique le niveau de difficulté. Ne vous aventurez jamais sur un sentier blanc-bleu-blanc si vous n’avez pas l’expérience et l’équipement alpin requis. Pour un débutant, la progression logique est de commencer sur des sentiers de randonnée pédestre (jaunes), puis de passer progressivement à des sentiers de montagne (blanc-rouge-blanc) de cotation T2.

Progression par type de sentiers suisses
Balisage Cotation Niveau requis Exemples Suisse romande Équipement spécifique
Jaune T1 Débutant Tour du Lac Léman, Lavaux Chaussures running route suffisantes
Blanc-rouge-blanc T2-T3 Intermédiaire Crêtes du Jura, Rochers-de-Naye Chaussures trail, bâtons recommandés
Blanc-bleu-blanc T4+ Expert Haute Route, glaciers valaisans Équipement alpin, expérience obligatoire

La deuxième étape est de toujours avoir avec soi un fond de sac de sécurité, même pour une sortie courte. La météo peut changer en quelques minutes en montagne. Ce kit de base doit contenir au minimum : une couverture de survie, un sifflet, un téléphone portable avec la batterie chargée et l’application REGA installée, une petite pharmacie, et une veste imperméable. Mémoriser les numéros d’urgence (144 pour les secours, 1414 pour la REGA) est également non-négociable.

Votre feuille de route pour une transition sécurisée vers le trail

  1. Points de contact avec le risque : Identifiez les nouveaux dangers par rapport à la route (terrain instable, météo, isolement, faune).
  2. Collecte d’informations : Avant chaque sortie, consultez la météo sur MétéoSuisse, vérifiez la cotation du sentier sur SuisseMobile et lisez des retours récents sur des sites comme AllTrails.
  3. Cohérence de l’équipement : Votre équipement est-il adapté à la sortie prévue ? (Chaussures, fond de sac, hydratation). Ne partez jamais en t-shirt pour une sortie qui monte à 2000m.
  4. Audit de vos compétences : Êtes-vous à l’aise avec la lecture de carte ? Connaissez-vous les gestes de premiers secours ? Savez-vous gérer une hypothermie légère ?
  5. Plan de progression : Commencez par des sentiers connus et peu techniques (T1-T2) et augmentez progressivement la difficulté, la distance et l’altitude. Ne brûlez pas les étapes.

La sécurité est la base qui vous permettra de profiter pleinement et durablement de la montagne. Prenez le temps de bien assimiler ces règles et d'auditer votre préparation avant chaque sortie.

Maintenant que vous disposez des clés techniques, matérielles et sécuritaires, l’étape suivante vous appartient. Utilisez ces connaissances pour planifier votre prochaine sortie, non pas comme un simple entraînement, mais comme une occasion de mettre en pratique cette « grammaire du terrain ». Commencez petit, soyez à l’écoute de votre corps et de l’environnement, et vous découvrirez un plaisir de courir renouvelé, en harmonie avec les magnifiques reliefs de notre pays.

Rédigé par Elodie Elodie Monnier, Coach Swiss Triathlon et spécialiste des sports d'endurance (Running, Trail, Triathlon). Ancienne élite nationale, elle accompagne depuis 9 ans les sportifs amateurs dans la préparation de courses populaires comme l'Escalade, Sierre-Zinal ou les triathlons lémaniques.